Vont-ils tous finir les études, ces élèves du village?

Le taux de scolarisation atteint un niveau considérable aujourd’hui au Mali, même dans les localités rurales où les parents étaient réticents à l’envoi des enfants à l’école. Au village, rare sont des enfants qui ne sont pas envoyés à l’école aujourd’hui, mais ceux qui terminent les études ne sont pas également nombreux. Le taux d’abandon scolaire est très élevé dans les localités rurales et cela s’explique par plusieurs raisons :

Les enfants à bas âge, ne sachant pas pourquoi ils vont à l’école, méritent le suivi des parents, mais cela n’est pas généralement le cas au village. Les parents n’ayant peut-être pas fréquenté l’école, ignorent ce que peut servir leur suivi dans les études des enfants. Beaucoup de parents pensent qu’une fois inscrit à l’école, le sort de l’enfant est entre ses propres mains et considèrent les enseignants comme seuls responsables de la réussite ou de l’échec de l’enfant. Oui, les enseignants ont un rôle social, psychologique et pédagogique à jouer dans la vie de l’enfant, mais combien d’enfants qui n’aiment pas l’école, n’arrive pas en classe le matin après avoir quitté la maison ?

La distance contribue également à la déperdition scolaire au village. Beaucoup d’enfants, fatigués par des va-et-vient quotidiens sur la longue distance entre le village et l’école, cherchent tous les moyens pour abandonner. Le gouvernement malien est en train de fournir des efforts pour rapprocher l’écoles aux villages par la construction des salles de classe partout à travers le pays. De même, des écoles communautaires sont en train d’être crées chaque année. Les initiatives locales peuvent également être mise en place pour réduire la distance avec des vélos par exemple cet article en Bambara.

Les travaux domestiques et champêtres sont aussi des raisons non négligeables dans ce problème. Dans certaines familles, à cause du manque de bras valides, quand ils grandissent, abandonnent les bancs pour s’occuper des activités familiales. Soit ils le font bon gré ou bien le poids de la société les obligent à abandonner. Selon les idées d’autres fois, qu’un grand garçon, à cause de l’école, laisse sa famille dans une certaine situation, est très mal apprécié dans notre société. Voici encore une situation difficile que les parents doivent aider l’enfant à surmonter, en le conseillant de ne pas écouter ce que les autres disent à propos de ses études, de ne pas considérer le regard que la société porte sur lui. Qu’il regarde l’avenir et serrer la ceinture pour terminer ses études et s’en sert. Oui, d’aucuns vont tout de suite penser au grand poste que notre élève va occuper dans l’avenir ! Non ! Je tiens à préciser que les études laissent  leurs  traces dans toutes les activités de la vie. Je veux dire que même entre paysans, celui qui a été à l’école et celui qui n’y a pas été ne cultivent pas de la même manière !

L’exode rural est un grand point qui doit être signalé comme cause de déperdition scolaire. Les enfants se regardent et se comparent. Ceux qui ne sont pas envoyés à l’école ou ceux qui ont abandonné très tôt, chaque année, après les récoltes, se dirigent vers les villes et retournent avec de l’argent, des magnétophones, des motos, des beaux habits et beaucoup de petits matériels. Les élèves qui sont restés au village, ont envie d’avoir les mêmes choses et cela les pousse à abandonner pour aller travailler en ville. Il y a même des parents qui poussent leurs enfants directement ou indirectement à abandonner les études pour faire comme ces jeunes qui vont pratiquent l’exode rural. “Tu n’es qu’un bon à rien ! Tous tes sembles vont en ville pour apporter de l’argent à leurs parents et toi, tu es couché ici sous prétexte que  tu es à l’école. Tu n’avanceras pas dans les études et tes sembles vont te devancer dans la vie”, sont des mots de certains parents, de certains amis et de beaucoup d’autres personnes dans la rue. Vous voyez ! Imaginez ici combien de fois l’élève rural doit être mentalement for pour éviter tout cela et continuer avec ses études! Il est qualifié de tout et surtout de paresseux !

D’ailleurs, ce qui décourage de plus et joue mentalement sur l’élève rural et même sur ceux d’en ville, c’est cette idée qui est exprimée en longueur de journée : “Ooooh, vous, vous vous fatigués ! Pensez-vous que le fils de pauvre avance aujourd’hui dans les études ! Les postes n’ont pas suffit les fils des riches, les fils des chefs et ceux des dirigeants, à forte raison vous, vous dont les parents n’ont rien !” Voici une idée partagée par beaucoup de personnes. Ici, il ne s’agit pour moi de justifier, mais de signaler que l’envoi des enfants à l’école est une nécessité et que les élèves, sans se mettre ces idées en tête, doivent travailler correctement et avec espoir. De toute façon, les études ont toujours servi !

Nous ne pouvons pas également ne pas toucher cette idée que dépenser dans les études de l’élève, c’est de jeter de l’argent par la fenêtre comme beaucoup de personnes le pensent chez nous. Beaucoup de personnes refusent d’acheter les outils d’écolier pour son enfant parce qu’il n’est jamais sûr que l’enfant pourra terminer et bénéficier de ses études. En ce refus de soutien des élèves par certains parents, la société contribue également. Nous avons plusieurs fois entendu ces propos: “tout ce qu’il te dit est faux ! Il veut seulement que tu lui donnes de l’argent, sinon, personne ne lui a dit d’acheter des livres, on leur donne tout à l’école. Vous dépensez tant d’argents aux études des enfants, après ils quittent les champs et ils ne deviennent rien en ville », les propos d’autres personnes à un parent qui veut acheter des livres pour son enfants.

Ça ne finit pas, l’élève rural a trop de poids pour pouvoir finir les études. Oui, à répondre à celui qui se poser la question : ” et ceux qui ont terminé ?” Je réponds par ce proverbe bambara “le chanceux vend de l’eau au bord du fleuve !” Oui, ils terminent, mais avec quelle peine! Et, j’ai plusieurs fois entendu dire dans les villages : “l’enfant d’un tel a été chanceux hein, sinon, ce  n’est pas facile qu’un enfant de chez nous ici arrive à ce niveau d’études en ville.”

Un des facteurs, cette fois-ci du côté des élèves eux-mêmes, c’est le fait par un élève, de se considérer comme le plus grand connaisseur au village. Ayant fait quelques années d’études, certains élèves au village pensent qu’ils connaissent tout, qu’ils sont le détenteur du savoir et qu’ils n’ont plus besoin des conseils de leurs parents ou des sages du village. Je tiens à préciser ici qu’il y a des vieilles personnes au village, hommes et femmes, à cause de leur sens élevé de l’analyse des choses, de leur savoir faire et vivre, de leur expérience, on doute, même demain matin, s’ils n’ont pas fait 20 ans d’études à l’acole.  Même si on fait 20 ans d’études, retourner au village de temps en temps causer avec ces personnes, est une autre école à part ! En plus, ces élèves ruraux qui se croient détenteur du savoir au village doivent toujours se rappeler de cette phrase : “tout ce que je connais, c’est que je ne connais rien”, pensée d’un  philosophe.

Il est temps maintenant de changer cette mentalité au village et de savoir que l’analphabétisme contribue au sous-développement de la famille, du village, du pays et du continent. Envoyons les enfants à l’école et soutenons-les pour assurer leur avenir, leur vie.

 

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Boukary Konaté
Je suis Boukary Konaté de Bamako au Mali.

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